Roman. Saison 1- 0 - pilote
Saison 1- 0 - Pilote.
Ponctuel, le 5 avait quitté son terminus à 19 h 20. J’y étais monté sans enthousiasme quelques minutes plus tôt. J’avais pourtant retrouvé avec plaisir le souffle sans âme de la fermeture hydraulique. Les accélérations souples de l’embrayage automatique me rendirent à ma rêverie somnolente qui accompagnait habituellement le mouvement de ce long vaisseau articulé.
Les arrêts rythmaient sa course sans vraiment l’interrompre. A peine ondulait-il quand la vague le surprenait, imposant à chacun sa molle indifférence. Mes regards, qui ne traduisaient aucune activité cérébrale particulière, accrochaient quelques unes des images que les vitres sales déformaient.
Cet équilibre indéfinissable se nourrissait de la viscosité naturelle des choses. Il explosa en un pesant ralenti quand un mouvement plus vif que les autres mobilisa les attentions dispersées. Entraîné à l’indifférence, je n’avais rien manifesté en retour. Seule une légère accélération de mon rythme cardiaque pouvait-elle trahir mon souci de ne pas me laisser surprendre … mais par qui ?
Enterré depuis des mois dans cette banlieue sans âme, j’en avais pris la couleur. L’étonnement des premiers jours avait fait place à la résignation : j’étais l’une de ces ombres grises qui, chaque matin, venait s’asseoir sans un mot sous la lumière doublement artificielle des néons. Venus de nulle part, nous laissions cette grosse boîte nous déposer un à un dans la nuit en d’hypothétiques semailles.